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Articles avec #embrun-man : recit et conseils tag

Embrunman : le mythe

Publié le par Cyril

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L'Embrunman 2006 en spectateur

Publié le par Cyril

Réveil à 4h pour me rendre au départ de l’Embrunman. A 6h, alors qu’il fait encore nuit, plus de 900 concurrents s’élancent dans une eau à 17°.  Parmi eux, l’élite est bien représentée pour cette 23e édition : Felix Martinez (vainqueur des 4 dernières éditions et partant pour  5e sacre), Kieran Doe (3e de l’Ironman de Roth), Reinaldo Colluci (3e l’année dernière à 20 ans, et vainqueur du LD de Lorient), et une très belle délégation française avec entre autres Hervé Faure, François Chabaud, Xavier Lefloch, Patrick Bringer, René Rovera… Se présente aussi parmi tous concurrents notre Patrick national, inquiet semble t’il pour son premier Ironman, et d’autant plus que le temps est très frais et l’eau bien plus froide qu’à l’accoutumé. La météo annonce en plus de la pluie en fin de journée…

Au premier tour de natation, le rythme imposé par Doe semble rapide et sur les bases du record détenu par Cyril Neveu. Le soleil a fait entre temps son apparition et c’est impressionnant de voir passer cette marée humaine aux pieds des montagnes de l’Embrunais. Impossible de distinguer Patrick pour l’instant, et je suis inquiet en pensant à lui : lorsqu’on assiste à cette épreuve on ne peut pas s’imaginer un instant à la place des concurrents sans ressentir des sentiments très forts, qui s’apparentent souvent à de l’angoisse, mais aussi du respect, voire de l’admiration. Jusqu’à présent j’étais du côté des participants : aujourd’hui je les contemple, et je comprends mieux les appréhensions des personnes qui nous encouragent sur ces épreuves, un peu hors du commun.

C’est au bout de 45’ que Doe sort en tête de l’eau. Patrick sort 30’ plus tard, très marqué et visiblement bien attaqué par la fraîche température de l’eau. Nous voilà malgré tout rassurés avec Béa de le voir courir jusqu’à son vélo pour effectuer sa transition : une transition soignée pour bien se sécher et tenter de se remettre des 3800m de natation (il nous expliquera par la suite que le deuxième tour dans les eaux du lac a bien failli venir à bout de son organisme). Après avoir frôlé l’hypothermie, le voilà donc parti sur son Trek pour les 188km de vélo.

A l’avant ça bataille sec, et à l’approche de Guillestre, la radio RAM, qui retransmet en direct l’épreuve, annonce que 10 triathlètes sont au coude à coude : à ce stade de la course, jamais les écarts n’ont été aussi serrés et la compétition aussi palpitante. Je le rejoints (à voiture, cela va de soi !), dans les gorges du Guil, et profite des premières difficultés pour effectuer quelques photos : Xavier Lefloch prend les reines de la course et fait exploser le groupe à l’approche de l’ascension de l’Isoar, ce qui amène à l’abandon de Doe. Je décide de me positionner à la sortie d’Arvieux avec la famille pour encourager les concurrents et pour attendre Patrick. Béa se tient en haut de l’Isoar à 2360m où la température ne dépasse pas les 8°. Nous encourageons chaque participant et les enfants sont adorables : leur joie et leur cris semblent donner le coup de pouce qui va bien juste avant les lacets de la montée. Alors que les premiers avalent la pente dès 9h48, le défilé des cyclistes n’a de cesse jusqu’à ce qu’un premier concurrent nous passe en marchant : il est 11h. Eh mais c’est Fred Lam : « allez Fred, courage » « ça va je récupère et je repars », tout va bien donc pour lui, contrairement aux apparences. Patrick arrive 20’ plus tard : bien qu’il soit en retard sur le timing, le tempo est bon. Nous arrivons à le suivre en voiture, l’occasion d’immortaliser cette ascension mythique : lacets sur les hauteurs d’Arvieux, passage dans la case déserte, et derniers lacets jusqu’au col, Patrick grappille de nombreuses places dès que la pente s’accentue. Nous voilà réunis au sommet à 12h pour une pause casse-croute, à laquelle manque Béa : j’ai beau faire un aller-retour pour la chercher avec les enfants, rien n’y fait. Patrick repart dans la descente sur Briançon. Nous le rejoignons au bout de quelques kilomètres pour assister à une sa descente jusqu’à Briançon, histoire aussi de récupérer son coupe vent. Coup de téléphone à Béa : elle nous rejoint sur Champcella pour une séance de rattrapage et ainsi assister à la montée du Pallon. Cette fois c’est bon Aurélien, Elodie et Béa peuvent encourager leur héro : on en a bien besoin dans cette terrible côte de 800m, au dénivelé à faire tomber la tête dans les mollets. Et dire qu’à ce moment-là les premiers ont déjà bien entamés la course à pieds.

C’est Xavier Lefloch qui réalise le meilleur parcours cycliste, avec Colluci, Faure, et Chabaud en embuscade, le plus frais semblant Hervé Faure.

En rejoignant Embrun on a la chance de croiser à nouveau Patrick lors du croisement de la nationale en dessous de Réotier. Nous prenons ensuite la direction du parc à vélo : Patrick, après le passage au Chalvet, arrive sur les coups de 15h40. Le temps de faire son changement de tenue, et de le voir parcourir les premiers mètres, je me dirige vers la ligne d’arrivée pour voir Hervé Faure gagner l’épreuve en signant le nouveau record de l’épreuve : 9h54’. Il est suivi de Colluci et de  Chabaud qui réalise une belle remontée en seconde partie de marathon, remontant ainsi Lefloch. Martinez est relayé à la 5e place, ne réalisant pas du coup la passe de 5. Face à ce plateau relevé, la victoire du Français est d’autant plus remarquable que son record.

De son côté, Patrick semble bien passer ce début de parcours : je le croise dans la montée d’Embrun ou il trottine, là où les autres marchent.

En attendant de le revoir pour son deuxième tour au passage du parc, nous prenons un rafraîchissement accompagnés de Philippe, qui a pu croiser Patrick après Champcella. On se met déjà dans la perspective de Roth 2007, embaumés par la perspective de participer à l’épreuve, et surtout de pouvoir réunir une bonne partie du club pour cet événement … et pourtant c’est dans 10 mois.

17h42 : Patrick passe devant nous, sous les applaudissements de ses fans et du public très présent à cet endroit. Après avoir bouclé son premier tour aux alentours de 2h, les nuages nous laissent penser que la pluie ne va pas tarder. Nouveaux encouragements après avoir fait un tour de lac : les signes de fatigue sont apparents et Patrick renonce à courir à ce moment de la course. Il m’apprend par la suite que c’est depuis le kilomètre 17 qu’il se sent épuisé et complètement vidé. J’entreprends de le rejoindre au km 29 : il est lucide et trouve le moyen de déconner, mais n’arrive pas à courir pour autant. On marche ensemble un bout de chemin, sous la pluie qui se fait de plus en plus forte. C’est aussi ma manière à moi de finaliser avec lui cette épreuve que l’on avait entrepris ensemble depuis le mois de mars, et à laquelle j’ai du renoncer suite à ma chute à vélo. Finalement on se met à trottiner à la sortie de la digue. Sur la route qui mène à Baratier, Patrick trouve la force de courir et de stabiliser sa place, mieux de remonter quelques concurrents. Pas à pas, sa victoire approche : sous la pluie, avec le froid, et bientôt dans la nuit. On retrouve les filles et les enfants avant d’effectuer l’ultime tour du lac, le temps de se poster sur la dernière ligne droite. Le voilà qui arrive épuisé, vidé et heureux de pouvoir franchir la ligne à 20h50 avec ses deux pitchouns.

Bravo à toi pour avoir eu la force d’aller jusqu’au bout de la ligne, et surtout jusqu’au bout de toi-même.

En ce qui me concerne, j’ai eu un plaisir fou à participer à l’Embrunman en tant que spectateur. J’ai souvent eu la chance d’être aux meilleures loges et de pouvoir effectuer 1h de film, et de belles photos. Cela m’a bien consolé après la déception de ne pouvoir participer à l’épreuve comme prévu, suite à ma chute à vélo. J’ai aussi pu évaluer la difficulté de l’épreuve avec un regard extérieur et beaucoup de recul. Je ne sais pas si je reviendrai un jour sur cette épreuve, car après l’avoir effectué en 2000, je me rends d’autant plus compte de l’expérience qu’il faut pour arriver à atteindre son objectif sur une telle épreuve : il y a tellement de facteurs aléatoires qui peuvent amener chaque concurrent à avoir un coup de pompe, voire à abandonner. Du coup de préfère pour les années qui viennent m’aligner sur des épreuves au profil plus modeste, et avoir un temps référent sur Ironman. En avant Roth pour 2007 !

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Les bons conseils de Guy HEMMERLIN

Publié le par Cyril

Participer à l’embrunman est une décision qui ne se prend pas à la légère. Une longue journée attend les forças de la route sur les pentes difficiles de l’embrunais.
Cette journée marque les athlètes à vie, d’un avis quasi unanime, repoussez ses limites prend ici tout son sens. Malgré le nombreux public, un nombre de participants impressionnant vous serez seul, seul avec vous-même, seul face à vous-même. La faculté à maîtriser votre mental jouera un rôle clé dans la gestion et le déroulement de votre course, nous l’évoquons précisément dans un dossier spécial dans ce numéro de notre magazine.

Prévenu, préparé physiquement, il faudra à présent prendre garde à ne rien laisser au hasard. Une erreur ne sera pas catastrophique mais l’accumulation de plusieurs erreurs aussi petites soient-elles peut venir contrarier vos plans.

Reconnaître les circuits est important, les analyser encore plus afin de tirer un maximum d’enseignements et pouvoir ainsi adapter votre stratégie de course pour réussir votre défi.

Je vous propose une analyse, mon analyse de la course.

LA NATATION :

Le circuit :
1ère bouée : 500 m
2ème bouée : 1030 m ¼ du parcours
3ème bouée : 1860 m Moitié
4ème bouée : 2330 m

Le parcours est classique et comprend deux tours. Ce qui surprend toujours est l’heure de départ et qu’il fait encore nuit lorsque vous allez vous jeter à l’eau. Il ne va s’en dire que vous devrez choisir des lunettes de natation claires. Durant toute la course cherchez à être économique en maîtrisant votre allure de départ et de course. Durant les derniers 200m augmentez vos battements de jambes afin de redistribuer l’apport sanguin vers vos membres inférieurs et d’augmenter votre rythme cardiaque.

5ème bouée : 2860 m
Arrivée : 3800 m


LE VELO :

Nous avons découpé le parcours en 4 parties en fonction du profil. Portez des vêtements confortables et pratiques (maillots vélo, cuissard, gants). Vous partez pour une étape du tour ne l’oubliez pas.

Partie 1 : jusqu’à GUILLESTRE (1er au 67ème kms)
Partie chaotique, succession de montée et de descente
Le départ est difficile et durant les premiers kilomètres, il est quasiment impossible de se ravitailler. On peut considérer qu’il s’agit là de la mise en route. Rien ne presse, ne faites pas d’erreur de braquet, ne vous emballez pas, profiter du calme (22 à 30ème km) pour vous ravitailler en solide. Bien entendu, dès le départ et même s’il ne fait pas encore chaud, n’oubliez pas de boire au minimum toutes les 20’ afin d’arrivée sereinement dans la montée de l’Izoard.

Partie 2 : Guillestre –sommet de l’Izoard (32 kms de montée)
Votre concentration devra être maximale. Cette zone vous permettra de vous ravitailler convenablement jusqu’au pied de l’Izoard (boisson toutes les 20’). La montée de l’Izoard est très technique. Les longues lignes droites durcissent l’ascension jusqu’à Brunissard. Après Brunissard et jusqu’à la Case Déserte les virages vous permettront de vous remettre dans le rythme et de vous relancer. Après la Case Déserte, le passage est propice pour récupérer un peu avant de terminer par la dernière partie de l’ascension. Pensez toujours à rester concentrer, à ne faire aucune erreur de braquet et à vous ravitailler. Prévoyez toujours, la ‘’dent de secours’’.

Partie 3 : Sommet Izoard – Pallon : 44 kms de faux plats descendant (une petite bosse aux vigneaux…..)
Au sommet, vous protéger le ventre et le torse (manchette en cas de froid). On récupère et ravitaillement en solide. Rien ne vous empêche de faire une petite pose en haut de l’Izoard, car une certaine lucidité devra être nécessaire pour aborder le mieux possible la descente. La descente est technique, elle doit vous permettre de récupérer, de vous relâcher tout en perdant le moins de temps possible. La première partie de la descente est chaque année marquée par des chutes. Briançon derrière vous, le plus difficile sera de vous remettre ‘’dans le rythme’’. Le vent peut-être contraire à cet endroit, ce qui provoque une drôle d’impression. Utilisez un braquet qui vous puisse vous permettre de tourner convenablement les jambes pour vous remettre dans l’allure. La montée de Pallon ne doit surtout pas se faire trop rapidement. Une mauvaise gestion de ce passage peut avoir de grosses conséquences par la suite.

Dernière partie : Retour sur Embrun avec Chalvet.

Profitez de la descente après Chambon pour vous ravitailler encore une fois en solide. Volontairement, nous plaçons Chalvet ainsi car il sera un très bon indicateur. Vous saurez comment votre organisme se positionne avant le marathon et ce passage difficile vous permettra de savoir dans quel état vous vous trouvez à l’amorce du marathon. Mais attention, ce passage n’est pas éliminatoire, si vos sensations ne sont pas bonnes soyez serein et passer la bosse le plus calmement possible. Une année Cyrille NEVEU n’était pas au mieux dans la bosse ce qui ne l’a pas empêché de faire un bon marathon par la suite. Pensez à vous ravitailler pour partir sur le marathon convenablement.

LA COURSE A PIED :

Après un vélo qui aura laissé plus ou moins de traces, vous voilà partie pour deux tours d’un circuit difficile et accidenté. Si les sensations sont bonnes, ne vous enflammez surtout pas la course est encore longue. Restez concentrer, évoluez tel un métronome. Protégez-vous du soleil, arrosez vous et buvez très régulièrement. Prenez toujours la corde dans les virages et essayez de vous trouvez un allié, le temps passe plus vite à deux.

1ère partie : le lac + la ville : 7,5 kms 27,5 kms

Un passage difficile mais heureusement la foule est là pour vous soutenir, partez prudemment et s’il faut freinez-vous. Pensez à vous ravitailler.

2ème partie : La digue : 2,5 X 2 (12,5) 32,5 kms

Un passage clé de la course délicat et de nombreux athlètes y ont connus leur plus grande défaillance ou se sont effondrer sur la troisième partie du parcours. L’aller sur la digue est en léger faux plat descendant et le retour donc…. En faux plat montant, entraînant une différence de sensations qui vous perturbera.

3ème partie : La partie basse : 7,5 Kms 40 Kms

Considérée par tous comme la partie la plus difficile du marathon. Sur les longues lignes droites totalement au soleil, restez concentré, cherchez à rester bien positionné c’est à dire de préserver au maximum une course économique. Le retour en descente vers le lac vous redonnera du baume au cœur. Je le précise une dernière fois : NE SAUTER AUCUN RAVITAILLEMENT. Le deuxième tour est plus long notamment en raison du passage en bord du lac.

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Le récit de l'iron-man d'Embrun

Publié le par Cyril Blanchard

Récit de course : Triathlon longue distance

Embrun 2000

 

 

Préambule

 

 

 

 

  Préparation

Je débute donc mon entraînement spécifique en avril : cela me laisse peu de temps, mais j’ai derrière moi un peu de foncier à vélo (habiter au nord de Grenoble m’a permis de découvrir les reliefs du Vercors et de la chartreuse : du pur bonheur ces sorties matinales pour en prendre plein les cuisses et plein les yeux).

Malgré tout, c’est surtout l’épreuve cycliste que j’appréhende pour le jour de la course, car je n’ai jamais fait de sorties de plus de 120 bornes (si ce n’est 2 rando-cyclos de 350 km pour le téléthon en 1998 et 1999 : Mont St Michel – Paris), ni franchi de col en hors-catégorie. Il me paraît donc important de me concentrer sur cette discipline, et d’insérer de longues sorties vélo au cours de ma préparation. J’en exécute 2 à 3 par semaine dont 1 longue en augmentant la distance chaque semaine, ainsi que des petites séances qualitatives matinales sur home-trainer. J’ajoute aussi dans ma préparation un WE à la montagne début juillet pour effectuer 2 sorties en altitude : une première dans la région d’Annecy sur le Semnoz, et la seconde plus corsée avec l’ascension des cols du Glandon et de la Croix de Fer. A l’approche de l’épreuve lors de mes sorties les plus longues, j’enchaîne jusqu’à 150 km, et effectue en moyenne 200 km par semaine (le maximum allant jusqu’à 400 km). Pour le vélo, je me sens donc prêt à la veille de la course.

 

En ce qui concerne la natation, je me contente de capitaliser sur mes acquis et n’effectue que 2 séances par semaine (à l’heure de la pause du midi). La priorité est surtout axée sur l’endurance : peu d’exercices de techniques de nage et de fractionnés, pour se concentrer exclusivement sur des longs enchaînements, et quelques longues séances avec combinaison (bien qu’on ait vite très chaud en piscine avec 5mm d’épaisseur sur le dos !). Je me fais plaisir avec des séances allant de 1500 à 4000 mètres, jusqu’à 10 semaines de l’épreuve… car …

Malheureusement, lors d’une sortie en course à pied, je me fais une entorse à la cheville, qui m’empêche de nager pendant 4 semaines ! La poisse : je coupe donc tout entraînement pendant une semaine afin de récupérer au plus vite, tout en suivant les séances d’étirements et d’électro-stimulation avec mon kiné. Je reprends donc la natation seulement à 6 semaines de la course, car c’est en nageant que la douleur se fait le plus sentir, alors que je m’autorise de remonter sur le vélo peu de temps après l’entorse, faisant bien attention d’écouter mes sensations : à la moindre alerte, je ne force pas sur la douleur.

 

Enfin, pour la course pieds, je n’avais pas un gros entraînement de prévu, et je savais que je serai juste pour le jour J. Cette entorse n’a rien arrangé et finalement mon handicap de départ qui était le vélo devenait de plus en plus la course à pieds : 2 semaines de coupure sans chausser les runnings, ce sera d’autant plus dur le jour de l’épreuve, et c’est surtout dur à supporter moralement. Le doute s’installe et on se demande si on va pouvoir faire la course : mais à ce moment là, l’inscription est déjà effectuée et on s’imagine pas faire machine arrière. Donc en avant toute ! En moyenne 3 sorties course à pieds par semaine avant l’entorse, il me reste 4 semaines après la coupure pour reprendre un petit rythme CAP (entre 30 et 40 km/sem). Je n’ai pas assez de temps pour pouvoir courir sur de longues séances en foncier, et je dois dire que ça m’arrange bien. J’aime pas vraiment ces sorties, qui sont usantes moralement, contraignantes pour les articulations, et pour les quelles il me faut au moins une journée pour récupérer : j’estime à ce moment là que les longues séances de vélo (jusqu’à 7 heures en solitaire sur la selle) vont me suffire. Sans doute une erreur, vu le temps qu’il va me falloir pour effectuer le marathon le jour de la course…


 

Bilan à la veille de la course

 

 

 

Les jours précédants la course nous profitons des congés avec ma femme et ma fille pour passer une semaine à la station des Orres : cela permet de se mettre dans l’ambiance, reconnaître une portion du parcours vélo, et surtout de se reposer et se faire un moral de « finisher ».

L’objectif est bien entendu de terminer la course et de faire parti du cercle des embrun-men.
Tout un symbole pour un simple tri athlète comme moi, qui passe malheureusement plus de temps au travail qu’à faire du sport. Alors réussir ce défi, tout en ayant une activité professionnelle prenante et en se consacrant à sa famille, cela doublait pour moi la difficulté.

 

Comment je me suis organisé …

Pendant mes 2 jours de repos hebdomadaires, je concentrais mes entraînements fonciers : soit 2 sorties vélo, ou bien 1 vélo et 1 CAP. Les jours de travail, je pratiquais 2 à 3 entraînements les midis (natation essentiellement et parfois CAP), et me levais régulièrement à 6 heures pour faire une séance de home-trainer ou de course à pied pendant 1 heure avant le travail.
Cela me permettait d’être disponible pour me consacrer à la famille, au travail, et aux travaux de notre nouvelle appartement. J’avoue qu’avec du recul j’aurais du mal à reprendre un tel rythme. Mais les enjeux personnels permettent à chacun de se surpasser, pourvu qu’on y croit et qu’on se donne à 100% dans sa quête. Alors pourquoi se contenter de terminer la course ? J’ai du coup le secret espoir de faire moins de 14 heures.

Prêt ou pas prêt ? Le jour J arrive et c’est maintenant que tout se décide.

 

 

 

 

 

La course vécue de l’intérieur 

 

Les préparatifs

 

 

Après une soirée au calme, je me sens bien et malgré la pression de l’enjeu je trouve le sommeil et dors plutôt bien. Réveil très matinal pour se rendre à Embrun et arriver au parc à vélo à 5h30. Tout le monde s’active et prépare son petit stand dans son coin. Il y a du sacré matériel et de sacrés athlètes : on se sent bien petit au regard de ce qui se passe autour de soi, en tout cas bien impressionné le Cyril. Raison de plus pour se surpasser et montrer de quoi tu es capable. Je prépare tout le matériel, sachant qu’à mes prochains passages je ne serai pas forcément lucide pour penser à tout, encore que je compte bien prendre le temps utile lors de chaque transition.

A 6h du matin, tout est prêt, les vérifications effectuées : je suis en pleine concentration et m’imagine déjà en train de franchir la ligne d’arrivée, avec ma fille dans mes bras. L’album Play de Moby est diffusé tout au long des préparatifs et le morceau « Natural Blues » passe au moment où je visionne mentalement mon arrivée. Les odeurs de camphre que j’inhibe me transportent dans un état second à cet instant précis : je m’en souviens encore comme si c’était aujourd’hui. Si je devais retenir un moment fort de cette journée, celui-là est sans doute le plus riche que j’ai vécu en terme de sensations : angoisse d’aller vers l’inconnu, enthousiasme de vivre un moment fort, joie de participer à une épreuve dans un cadre aussi magnifique, crainte de vivre un incident qui m’empêcherait de terminer, euphorie de partir pour être dans l’action, et enfin la fierté d’être là fin prêt avec, ne l’oublions pas, tant de préparatifs et de sacrifices. 

Après avoir enfilé ma combinaison, il est tant de rejoindre le plan d’eau pour effectuer quelques mouvements et réveiller l’organisme. La température de l’eau me paraît parfaite, alors qu’il fait encore nuit et qu’on ne distingue pas grand chose. A 5’ du départ tout le monde se regroupe derrière la ligne de départ et pour une fois, je ne me positionne pas aux premiers plans (comme sur un courte distance, ou pour ne pas prendre trop de coup il faut mieux être à l’avant). Je préfère partir à mon rythme et ne pas me laisser déborder par l’esprit de compétition.

Avant que ne retentisse le coup de départ, tous les triathlètes se mettent à s’encourager tous en cœur en tapant dans les mains: encore un grand moment !  Tout le monde tapant au même rythme, on se sent tous unis, et à ce moment là, on n’a pas vraiment l’impression de faire un sport individuel. On va tous en baver, les premiers comme les derniers, les pros comme les amateurs, les célébrités comme les anonymes : et à tout moment on sait qu’on pourra s’épauler ou s’appuyer sur un partenaire de course dans les moments difficiles (et effectivement j’en aurai …).

 

 

 La natation

 

 

 

A 6h30 coup de départ : c’est parti pour 3800 mètres de nage. Il fait encore nuit et c’est impressionnant de s’élancer parmi ces 900 athlètes.

Il faut plusieurs tours de bras avant de se retrouver dans le bon rythme et trouver les bonnes sensations de glisse. Contrairement aux courses habituelles, on ne prend quasiment pas de coup : cela rend beaucoup plus serein et on se concentre plus facilement sur sa nage. Finalement ce n’est pas trop difficile de nager de nuit : on est bien guidé par des faisceaux lumineux à chaque bouée, et par les canoës qui nous suivent. Je me sens bien et à l’approche de la fin du premier tour, le soleil commence à se lever : cet instant est magique, pour ne pas dire féerique.

Moi qui adore contempler l’aurore à la montagne lors de mes randonnées matinales, sur ce coup-là je suis bluffé d’avoir le même effet vu de l’eau en plein effort ! Je profite de ce moment là et en oublie vraiment à certains moments que je suis en train de nager : c’est sans doute bon signe sur mon état de forme et ma technique de nage. Le deuxième tour se passe tout aussi bien et je suis même surpris de la rapidité avec laquelle passe cette première épreuve : 59’ de passées et je m’extirpe de l’eau pour rejoindre en trottinant le parc à vélo, bien content d’être aux avant-postes (on m’annonce dans le top 100).

 

 

 

 

 

 

 

Je ne me précipite pas pour autant dans le parc à vélo, prenant le temps de me sécher, de mettre mes chaussettes et  mes gants (j’aime pas les ampoules), et de vêtir une tenue complète (maillot + sous vêtement respirant) afin de ne pas avoir trop froid dans les premiers reliefs. En effet, à 7 heures du matin il fait quand même encore bien frais sur les hauteurs d’Embrun. Et c’est parti pour 188km à vélo :

 

 Le cyclisme             

 

Je pars donc dans de bonnes conditions, même si j’ai perdu pas mal de places rien que sur cette transition. Mon copain Franck en a profité pour me passer à ce moment là. Sur ses bons conseils je m’engage prudemment dans ce début de parcours à vélo : en effet, on nous met tout de suite dans l’ambiance du parcours avec une première côte sèche dans la ville, puis on embraye ensuite la première montée le long du lac de Serre-Ponçon. Par moment il y a de beaux panoramas, et je profite de ce paysage : cela permet aussi de ne pas trop se focaliser sur l’enjeu et de garder un rythme qui est celui qu’on a déterminé au cours des longues sorties d’entraînement. Je sais bien qu’en terminant la natation en bonne position, les costauds vont me doubler pendant la première partie du parcours vélo : alors pour ne pas me laisser influencer et tenter d’en suivre, je jette régulièrement un œil sur mon compteur et surtout sur la cadence de pédalage. Afin de ne pas trop forcer, j’essaie de ne pas être en dessous des 80 tours minutes, rythme que j’ai pris surtout avec les séances de home-trainer. Et finalement ça le fait bien : je suis même surpris de rattraper Franck dans les lacets de cette première montée. Il me rappelle de ne pas aller trop vite : je suis ses conseils ce qui ne m’empêche pas de filer à l’avant, sachant que je le reverrai sans doute plus loin, par exemple dans l’ascension de l’Isoard. Il fait encore un peu frais à ce moment là, bien que la journée s’annonce chaude, même très chaude. C’est maintenant la descente qui mène au pont de Savines : encore une belle vue sur le lac. Traversée de Savines et retour sur Embrun, pour se diriger ensuite sur Guillestre. Puis nous traversons les gorges du Guil, un des rares endroits où le cintre se révèle bien utile. Mais j’ai fait le choix de ne pas en mettre afin de privilégier la légèreté du vélo, donc je regarde me passer pas mal de concurrents, en position aérodynamique ! La prochaine fois (il y aura bien une occasion de le refaire) je pense que j’en mettrai un : mon vélo à l’époque était déjà bien assez lourd pour ne pas rajouter de poids. Gentiment, l’inclinaison de la route commence à se faire sentir et il faut commencer à monter les pignons dans la Combe du Queyras (400m de dénivelés + en 10 km). 

Puis nous arrivons à Arvieux (alt 1500 m), d’où nous pouvons contempler une bonne partie de l’ascension du hors catégorie : au programme une dizaine de kilomètres pour arriver à 2366 m d’altitude. A ce niveau de la course, les places se stabilisent pour moi : je roule avec des gars de mon niveau et certains commencent à montrer des signes de fatigue. Dans les lacets de l’ascension, je ne regrette pas mon 28 dents à l’arrière : il m’est bien utile, là où certains coureurs posent même le pieds à terre. Il fait très chaud en cette fin de matinée et je pense bien à m’hydrater régulièrement : je compte bien mettre toutes les chances de mon côté pour réussir le parcours vélo sans y laisser trop de plumes. La nutrition fait partie des points importants à ne pas négliger : au réveil j’ai donc pris mon gâteau sport, et tout au long du parcours je pense à boire à intervalles réguliers tout en prenant des barres énergétiques. Encore un effort et en haut de l’Isoard je retrouve ma femme et ma fille : elles ont pour moi plein de bisous en réserves, mais aussi un bon sandwich au gruyère. Là encore j’ai suivi les bons conseils de Franck et je dois dire que c’est le genre de détail qui compte.

 

En effet, à force d’avaler des barres, du gel et autres sucres rapides, il arrive un moment où on a envie de quelque chose de plus gustatif. Je franchis ainsi cette partie finale, sans forcer car le parcours est loin d’être fini, un peu déçu tout de même de ne pas pouvoir profiter de ce paysage lunaire : celui que j’ai tant admiré toute les fois où je regardais le tour de France à la télévision.
Je prends malgré tout le temps de faire une longue pause une fois au col : gros câlin aux filles (surtout à ma chérie qui fait aussi sa course de son côté avec notre fille de 18 mois afin de m’encourager à différents passages), dégustation du casse-croûte, et petit pipi avant de repartir (y’a rien à faire : je n’arriverai jamais à faire en roulant comme les pros !). Au final je reste tout de même au moins 5 bonnes minutes au sommet, le temps de voir passer à nouveau Franck. Il n’a pas l’air en grande forme, et effectivement je le doublerai un peu plus loin, chose à laquelle je ne m’attendais pas. 

Allez c’est parti pour une longue descente sur Briançon : la descente est relativement facile et c’est du bonheur de se laisser aller sur cette portion qui dure une bonne vingtaine de kilomètres au soleil. Nous voilà à plus de moitié de parcours et on m’avait averti que le plus dure n’était pas forcément l’Isoard. Effectivement il faut  encore passer quelques vallons, et surtout 2 terribles côtes, dont celle du Pallon, et l’ascension finale à l’approche de l’arrivée qui nous fait passer sur le haut d’Embrun. Dans la première, j’arrive à passer sans poser le pied à terre, mais les concurrents qui marchent n’avancent pas beaucoup moins vite que moi ! Certains supporters ne s’y trompent pas : c’est l’endroit qu’ils ont choisi pour nous encourager : je n’hésite pas à les remercier, car ça fait tellement du bien.

Avant d’arriver dans la seconde je commence à trouver le temps long, et d’autant plus que je suis seul avec personne en vue ni devant, ni derrière. Avec 150 kilomètres au compteur, on a beau se dire qu’il n’en reste qu’une trentaine, cela commence à devenir lassant et on a envie de poser le vélo pour repartir en courant : les fesses commencent à crier au secours ! Mais il faut encore trouver l’énergie pour franchir la dernière difficulté du parcours cycliste : la côte du Chalvet. Une fois ce raidillon franchi, on peut enfin rouler jusqu’au parc à vélo où les supporters nous attendent.

Arrivé à mon stand, je pose la machine et commence ma longue séance de changement. Sans pudeur aucune (on n’a plus envie de penser à ce genre de détail), je retire la peau de chamois et enfile ma tenue de course, ainsi que mes Asics. Et là je commets mes plus grosses erreurs. D’abord, j’avais fait un mauvais choix sur les chaussures : confort impeccable mais beaucoup trop lourdes, et les grammes en trop je vais rapidement en faire les frais. Ensuite, j’ai profité du passage d’une élève kiné pour me faire masser les cuisses : je ne pense pas que ça m’ait fait du bien, j’ai même plutôt l’impression du contraire, au regard de la lourdeur de mes jambes sur les premiers kilomètres. Enfin, j’oublie de m’asperger de crème solaire, et ça aussi ça ne pardonne pas sous le soleil à 16h. Enfin ! cela ne m’empêche pas de partir plutôt confiant à ce moment de la course.

 

La course à pieds

 

C’est parti pour 42,2 km, sous une chaleur à l’image de l’aridité qui règne dans la région, et sur un parcours qui me réserve son lot de surprises. La première source de plaisir vient de mes chéries qui m’encouragent pour cette dernière étape : et ça c’est ce qu’il y a de plus important pour terminer ce genre de course. Maintenant c’est le moral qui va me mener à la réussite, ou bien à l’échec. J’ai du mal à prendre un rythme et la première côte n’aide pas dans ce cette recherche. Passage dans le centre ville, et là c’est plutôt agréable : les gens nous regardent passer et certains sont accoudés à une table en train de siroter une bière. On s’assoirait bien volontiers avec eux ! Ensuite une descente un peu casse pattes qui nous mène sur les bords de la Durance et là c’est le cruel passage : un aller-retour de 4 km où l’on se croise entre concurrents. Ca n’a l’air de rien, car c’est plat et il n’y a aucune difficulté. Mais que c’est dur moralement, d’autant plus qu’au moment du demi-tour, on est proche de l’air d’arrivée. J’entends même le speaker annoncer l’arrivée des premiers concurrents ! Pour moi ce sera bien plus tard… Ensuite on enchaîne sur une bosse d’environ 1km, pour ensuite contourner des habitations et des campings : coin très sympa où les habitants et les touristes ne retiennent pas leur souffle pour nous encourager. En plus ils ont la liste des concurrents avec leur dossards : de les entendre vous encourager par votre prénom, ça fait encore plus plaisir.

Un « merci » s’impose et taper dans les mains des gamins qui vous la tendent c’est gratuit, ça ne mange pas de pain : alors j’y vais de bon cœur, même si je n’en ai pas trop la force. Le manque de jus se fait largement sentir … et je n’en suis qu’au premier tour, dont je ne vois pas la fin. Finalement un grande ligne droite nous ramène sur Embrun. Au ravitaillement, je ne sais plus quoi prendre : j’ai des crampes abdominales et j’ai l’impression que mon estomac n’accepte plus rien. Hors de question d’avaler du sucré : je m’en suis gavé au premier tour de course. Alors j’essaie d’ingurgiter une tomate avec un peu de sel. Je trottine et au moment de repartir pour ce second tour l’idée m’effleure l’esprit d’abandonner. C’est trop dur de se remettre à tourner les jambes, et je ne vois pas comment courir encore plus de 20 kilomètres. La seule consolation qui me pousse à essayer, c’est de savoir que d’autres ont encore plus de mal que moi derrière. Et d’ailleurs Franck en fait partie : lui qui est un habitué de ces courses connaît de grosses difficultés. Des problèmes digestifs lui aussi mais bien plus importants que moi, puisqu’il n’a pas réussi à avaler quoi que ce soit depuis le vélo. Ma deuxième motivation vient de ma chérie qui me trouve les bons mots au moment où l’on se croise : « tu ne t’es pas entraîné pendant six mois pour abandonner si prêt du but, allez tiens bon ».

 

 

 

Mais c’est qu’elle a raison ! Alors je repars même si mes jambes aimeraient bien le contraire, et tout mon organisme aussi d’ailleurs. Et du coup je dois affronter une nouvelle fois toutes les difficultés rencontrées au premiers tour. Sauf qu’au deuxième tour c’est deux fois plus dur. J’arrive malgré tout à passer la première bosse en courant, car un autre concurrent qui me remontait me motive à l’accrocher. Du coup je sais pas comment mais j’arrive à faire avec lui au moins 5 kilomètres et trouvant même des ressources pour bavarder avec lui. C’est dingue de voir comment le corps réagit en fonction du moral. Et parlons-en du moral. Dans la partie le long de la Durance on croise des gars dans un salle état : il y en a même un qui est allongé par terre assisté par la Croix-rouge. C’est vraiment un passage de torture : l’endroit où tout les organismes ont décidés de se mettre en hypoglycémie. Quelle idée de nous faire croiser au moment du passage du « mur » ? Voilà encore une explication au fait que cette épreuve est vraiment corsée. Je n’échappe pas à l’hypo : elle me pendait au nez depuis pas mal de temps et je me vois contraint de marcher jusqu’au prochain ravito, laissant partir mon compagnon de course. Arrivé à la table je me bourre à nouveau de sucres en morceaux : j’en prends un grand nombre et serais bien incapable de dire combien tellement j’étais mal.

 

Je me résigne à ne pas traîner malgré tout de peur de ne plus pouvoir partir définitivement. J’embarque avec moi un bouteille d’eau dans laquelle j’ai pris soin de mettre plein de morceaux de sucres : impossible de courir pour le moment. Je marche en espérant que le sucre va avoir un effet bénéfique.

Mais que c’est long et que le soleil cogne : je regrette depuis le début du parcours de ne pas avoir mis de crème solaire, particulièrement sur les cuisses qui ont pris un méchant coup de soleil. Insolation plus hypoglycémie = cocktail détonant, qui m’oblige à marcher pendant plusieurs kilomètres, et ce n’est qu’en arrivant à hauteur des campings et des encouragements que j’ai pu repartir. Ah public quand tu nous encourages … l’énergie refait son apparition. Je peux donc en finir ainsi avec ma course à pieds, à un rythme très bas certes, sans doute 8 km/h, mais un rythme tout de même. Et à l’approche de l’arrivée, mais qu’est ce qu’il m’ont pas fait ! Voilà qu’ils nous font faire une boucle autour de l’étendue d’eau. Par chance, c’est à ce moment qu’un concurrent se met à ma hauteur, et je suis bien motivé pour le tenir car ses enfants sont avec lui. Quelle belle image : les enfants ont l’air fiers de leur papa. Alors moi aussi je vais terminer dignement ! Je repars de plus belle : je ne sais pas d’où vient cette force, mais elle est bien là et je ne m’en prive pas. Je serais bien incapable de décrire l’état dans lequel je me trouve à ce moment là : en tout cas dans un état second. On ne sent plus ses jambes, on ne sent même plus son corps. Et j’entrevois à cet instant la ligne d’arrivée ; ça y est. Je suis focalisé sur cette ligne et je ne vois absolument rien autour de moi. Je ne me souviens même pas avoir vu ma femme m’encourager : la preuve, j’en ai oublié de prendre ma fille pour franchir l’arrivée, instant que j’aurai tant aimé immortaliser, comme prévu. Ce sera pour la prochaine fois !

 

 

 Photo finish officielle : à l’image de mon arrivée, un grand moment de flou !

 

  Embrunman Natation Transition1 Cyclisme Transition2 Course
Chrono 14h43'40 59'49 6'42 8h09'07 10'21 5h17'41
Classt 348e 79e 487e 317e 496e 414e
  258e SEH          

 

 

 

L’après course 

 

 

 La récupération

 

La semaine qui suit c’est repos complet et récupération. Je ne reprends le vélo et la course à pieds que deux semaines après et de manière très épisodique. Et petit à petit un sentiment étrange s’installe : partagé entre la fierté d’être finisher (et d’avoir le tee-shirt emblématique) et la déception d’avoir mis plus de 14h, la joie de pouvoir profiter d’avantage de ma famille et la nostalgie de mes longues heures d’entraînement. Un vrai vide s’installe et l’automne s’annonce moralement difficile. Je traverse même une période de désintérêt pour tout ce qui m’entoure, limite dépressive. La motivation était tellement intense avant la course, qu’une fois réalisée, je n’avais plus d’objectif qui mobilisait mon intérêt. Il y avait une réelle dépendance qui s’était installée. Il a fallu plusieurs semaines avant de retrouver un rythme « normal », d’apprécier le goût des choses simples de la vie, et de se mobiliser sur d’autres objectifs plus raisonnables.

 

 

Ma conclusion personnelle

Une question me vient à l’esprit : à quoi ça sert ? Autant la réponse est claire pour un tri athlète averti et habitué par ces épreuves, autant cela est beaucoup moins évident pour un amateur comme moi, qui se dit un jour « pourquoi pas ». Qu’est ce qui nous pousse à oser ce pari ?

Et tant d’autres interrogations qui s’enchaînent : quel intérêt et quelle satisfaction peut on avoir à réaliser une telle course ? Qu’est ce que ça apporte ? N’est ce pas une folie ? Le corps n’y laisse t’il pas des plumes ? Pourquoi tant de sacrifices ? …

Et bien ce qui me plaît dans le fait d’avoir accompli cette épreuve, c’est que je n’ai pas de réponse établie pour chacune de ces questions. J’ai toujours été admiratif devant la volonté des hommes à accomplir des défis et à pousser ses propres limites : franchir l’Everest, atteindre le pole nord, traverser un océan sur un canoë ou à la nage…

Parfois il y a un intérêt scientifique, parfois un intérêt humanitaire, parfois un intérêt commercial, et parfois aucun intérêt !

Pour ma part, je garderai plein d’émotions intenses de cette épreuve et j’en sors grandi. Une fois de plus je me suis accompli dans l’action et aucune parole, aucun commentaire ne pourra m’apporter plus que ce que j’ai vécu intérieurement avant, pendant et après cette épreuve.

Une fois la ligne franchie, j’ai bien du mal à me tenir debout et je ne suis plus vraiment lucide. La preuve en est : aujourd’hui je ne me souviens quasiment plus de rien en ce qui concerne les minutes qui ont suivi la course.
L
es deux souvenir dont je me souviens clairement sont deux moments douloureux. Le premier n’était pas désagréable au départ puisque je le passais dans les douches mobiles installées spécialement pour les concurrents. Malheureusement j’ai du mettre l’eau un peu trop chaude et je suis tombé dans les pommes pendant quelques courtes secondes. Suffisamment courtes pour avoir un bon réflexe et me rattraper au vol pour ne pas tituber, mais suffisamment longues pour oublier où j’étais et me remettre lentement de mes émotions. Le second n’était pas plus gai puisque qu’il se passait au moment de rejoindre l’appartement aux Orres. Les lacets de l’ascension ont été fatals à mon estomac : je vous épargne la suite !
Finalement l’arrière course ne me laisse pas de bons souvenirs, malgré la joie d’avoir accompli cette épreuve. Je garde donc des détails très précis de la préparation de course, de son déroulement, mais très peu de l’après.
Je constate avec du recul que le plaisir de faire une telle épreuve réside dans sa préparation, et son accomplissement, mais très peu dans sa concrétisation. Une fois réalisé, il y a comme un vide : « qu’est ce que je vais bien pouvoir faire maintenant ? »

 Après avoir vécu quelques mois à la montagne à Voreppe, mon retour sur Paris me laisse un goût amer : il y a comme un vide. Sous l’impulse d’un collègue qui pratique le triathlon longue distance, je prends la décision de m’inscrire au mythique Embrun-man : l’entraînement et l’enjeu de cette épreuve va me permettre pendant 6 mois de me fixer un objectif ambitieux et de tirer un trait sur ma vie à la montagne. Je remercie Franck pour la motivation qu’il m’a apporté et pour les bonnes paroles qu’il a eu afin de démystifier cette épreuve et de croire tout simplement que « c’est possible ». Car en regardant mon passé sportif, on ne pouvait pas dire que je ferais l’épreuve les doigts dans le nez : seulement des triathlons courte distance, 2 marathons au compteur, quelques raids à la journée, et puis c’est tout !
Alors enchaîner 3,8km de natation, avec 188 km en vélo en marathon au profil vallonné, le tout sous une température caniculaire, cela avait de quoi faire tourner la tête ; qui plus est franchir le col de l’Isoard, pour terminer par un triathlon dont la réputation et surtout le parcours font de lui « le triathlon le plus dur au monde ».
Mais bon ! C’est l’an 2000, j’ai 26 ans et besoin de tester mes limites sportives, tout en conservant un rythme de travail intact, et en assumant ma vie familiale. Si je l’ai fait d’ailleurs, car effectivement l’histoire dit que je l’ai terminé, je pense que tout le monde peut y arriver : et voici quelle a été ma méthode pour atteindre un tel objectif.  

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